DIRE
Maudire. Maux dire. Mots dire.
Dire tout. Tout dire. Ne rien dire.
Avoir du mal à dire, mal à dire, être malade de ne pas dire. Etre atteint par la mal-à-di(re)
C'est dit.
DImanche...
LunDI.
MarDI... Marrre, dis. J'en ai marre.
MercreDI ne veut rien dire. Encore que !
JeuDI est extraordinaire. JeuDI. Je dis...
JeuDI je t'aime. JeuDI je t'emmerde. JeuDI, dis-je. Dire "Je".
VendreDI, Bof ! Vendre, dis... Vendre quoi ?
SameDI... Ah ! SameDI. Ca me dit... ça me dit quoi, le SameDI ?
"DImanche me ramène à une petite histoire :
1976, chambre d'étudiant. Nous sommes une bonne DIzaine à refaire le monde...
Et Nono s'adresse à moi : "D., dis-moi "le ciel est bleu". Je dis "le ciel est bleu". Dis-moi "vivement le week-end". Je dis "vivement le week-end". Nono continue : Dis-moi "qui tu aimes". Moi, rouge, blanc, je ne sais plus, je réponds "L., c'est toi que j'aime"...
C'est comme ça que j'ai déclaré mon amour à celle qui deux ans plus tard devenait ma femme.
Depuis, j'ai compris que le "Dire", le "dis", le "pas dis", n'avaient pas toujours le sens attendu.
Dis plodocus, dis geste, dis vorce, dis forme, dis amant (je l'aime bien, celui-là), dis férence, dis gestion, dis simuler, dis cerner, dis manche (tiens, le revoilà !), dis lapide...
Depuis je sais que ce qui nous ronge parfois est cette terrible maladie dont le symptome principal est le mal de dire, le mal à dire, la peur de dire.
Une dame agée (83 ans) vient me voir un jour. Elle commence par me payer, en me disant que la consultation ne va pas durer très longtemps, qu'elle n'a qu'une chose à me dire, et qu'elle partira aussitôt après me l'avoir dite.
Elle s'assoit, et, d'une voix tremblante, me demande de lui demander ce qui s'est passé pour elle le jour de ses 13 ans.
"Que vous est-il arrivé, madame, le jour de vos 13 ans ?"
"Le jour de mes 13 ans, j'ai été violée par un oncle". Elle continue en me disant que personne n'en a jamais rien su, même pas son mari aujourd'hui décédé, ni ses enfants ni personne...
Elle m'a dit "merci", et avant de partir, a ajouté "maintenant, je peux mourir tranquille, quelqu'un sait, merci encore".
"C'est moi qui vous remercie, madame, de m'avoir confié cette parole-là".
C'est moi qui vous remercie aujourd'hui de me lire...
J'imagine la vie de cette pauvre femme. Avec ce secret tabou qui la rongeait de l'intérieur.
C'est bon qu'elle ait trouvé la force d'aller vers quelqu'un à qui le confier, de pouvoir déposer ce fardeau et partir en paix. C'est bon d'avoir réussi à le dire. C'est révoltant tous ces actes impunis.
Merci à toi de nous confier ces paroles là.
Il est si difficile de trouver quelqu'un qui saura recevoir notre secret tabou sans chercher à l'utiliser plus tard contre nous....
Rédigé par : k li | 20/04/2007 à 11:42
Je découvre ton blog, et je trouve que ce que tu partages avec nous est vraiment très riche.
Merci beaucoup, car ces témoignages peuvent aider beaucoup de personnes à oser dire...
sans soucis du qu'en dira t'on...
Car en osant dire, on accepte d'être SOI. On prends la responsabilité de qui on est, avec notre côté ombre et notre côté lumière. On accepte de lever les mensonges, dénis, masques, rôles... qui nous polluent dans notre existence et nous empêchent d'être tels que l'on naît.
On est aussi beaucoup plus fort quand on réussit à mettre des mots sur ce que l'on a du mal à accepter : Ce courage paye !
Un grand coup de coeur pour ton blog, que je vais référencer sur le mien aussi.
Amitiés,
Rédigé par : Benoît | 20/04/2007 à 12:03
J'ai lu. J'ai été touchée. Je reviendrai vous lire.
Prenez aussi soin de vous.
Bien cordialement,
Rédigé par : chercheur en vie meilleure | 20/04/2007 à 12:15
Dire est une chose savoir entendre une autre. Dans le dire il y a implicitement le fait d'être 2 celui qui dit et celui qui reçoit.
Il y a tellement de manières d'écouter, comment trouver la bonne ? Face à un lourd secret dévoilé que dire en retour ?
On ne se dit jamais par pur plaisir comme ça dans le vide, on se dit à quelqu'un et dans un but précis on attend quelque chose que même nous parfois on ne sait pas quoi....
Je sais que souvent on ne dit pas pour ne pas blesser par crainte de la réaction de l'autre....
Dire tout mais à qui, le choix de la personne n'est pas anodin non plus....
Cette note me laisse pensive .....
Bisous et merci de nous dire !!!! J'espère que je saurais entendre/écouter !!!!
Rédigé par : Etoile25 | 20/04/2007 à 12:23
Merci pour cette "révélation" mais aussi pour le partage de ton blog qui est bien agréable à "consulter" ;-D
Rédigé par : Patsi | 20/04/2007 à 13:17
bonjour et Merci!
Je viens de parcourir ce blog et j'aime ce que j'y lis: comprehension, empathie et respect!
les mots sont justes et simples...
J'aimerais croire que tous les psy sont fait dans ce moule et que je peux donc passer à la phase 1: appeler!
J'ai déjà consulté pour un de mes fils qui était très agressif dès que nous étions en famille et plus particulèrement envers son père... et la réponse fut fabuleuse et nous a permit de comprendre qu'il n'y avait pas de pb, juste.. il divisait pour mieux régner .. quand on a réalisé on a fait corps il a compris et est redevenu notre petit homme super gentil!
Je ne vais pas mal, je souhaiterais juste m'assurer que je ne transfère pas mes casseroles à mes fils, que je ne leur en crée pas!
merci pour cet échange!
Rédigé par : JustI | 20/04/2007 à 13:43
et merci à vous de venir nous dire...
Rédigé par : nefertiti | 21/04/2007 à 01:21
j'adore cette note, merci !
Rédigé par : missparadoxe | 18/06/2007 à 13:13
Je me suis permis un petit commentaire hier sur un autre sujet et je poursuis ici ma découverte. J'apprécie beaucoup ce blog où les choses sont dites simplement et profondément! J'ai adoré cette note qui, sur un ton humoristique, dit beaucoup de choses et peut nous aider à Dis cerner les problèmes afin d'en Dis cuter avant qu'ils ne prennent une importance Dis proportionnée (désolée je suis moins douée!)
Plus sérieusement, il n'est pas toujours facile de mettre des mots sur les maux, mais y parvenir doit certainement apporter réconfort, soulagement et apaisement. "[...] le mal de dire, le mal à dire, la peur de dire.", pas toujours évident de passer outre ce mal!
J'admire cette pauvre femme qui, en confiant son terrible secret, a pu alléger son coeur et se débarrasser d'une souffrance qu'elle a enfin pu "dire".
Merci à vous!
Rédigé par : souricette34 | 29/06/2007 à 00:38