Enfants-tyrans
Six ! Six aujourd'hui ! Six enfants, âgés de six à huit ans, dont les parents disent Je n'en peux plus, c'est un tyran. Six petits choux qui tyrannisent leurs parents, frères, sœurs, grands-parents, copains -enfin, copains-, collègues de CE1 ou CE2... Six couples de parents désireux de balancer leur enfant par la fenêtre, et pourquoi pas de les placer en institution tellement ils en ont marre.
Eh bien je vais vous dire : J'en ai ma claque. Je n'en peux plus. Je démissionne*. Je laisse tomber. Qu'ils se démerdent avec leurs enfants...
Ah ! Il est beau le temps de l'amour, du désir d'enfant, du sentiment que Nous ça sera pas pareil, du Nous, on fera différemment, du Je t'aimerai toujours. Il est beau, ce temps-là mais il est loin.
Oh que oui qu'il est loin, le temps où l'on disait NON à son enfant avec des gros yeux et tant pis si ça ne lui fait pas plaisir, Oh que oui qu'il est loin le temps où l'on lui disait File dans ta chambre sans s'en sentir coupable !
J'ai reçu aujourd'hui des parents trouillards, des parents à genoux devant leur môme de six ans, des parents incapables de dire NON, de dire MERDE. Je ne leur en veux pas (eh ! Je fais mon boulot de psy), mais en même temps je leur balancerais bien un coup de pied quelque part, pour qu'ils reprennent le pouvoir sur leur mioche, pour qu'ils osent affirmer et dire et jouer en vrai que ce sont eux les parents, bordel de merde...
Après on s'étonne que le gouvernement «réfléchisse» à la mise en fiches d'enfants de trois ans et à la mise en cage d'enfants de douze ans... Je ne me prononcerai que très peu sur ce sujet, mais quand même, quand je vois des mômes de six ans se choper un avertissement (véridique) -en CP- pour agression raciste, je me demande où va le monde. Enfin, où nous allons.
On refuse aux parents -presque... lisez les textes- le droit de punir leur enfant... La société s'en chargera vers douze ans...
J'imagine le dialogue :
Le juge (aux parents) : Mais vous n'aviez qu'à le tenir, l'éduquer, lui interdire...
Les parents : On a fait ce qu'on a pu... Il menaçait de téléphoner au 119 (Allo enfance maltraitée)
Le juge : Déjà à trois ans il mordait ses camarades de maternelle.
Les parents : On est bien allé voir le psychologue, mais il a dit que ça ne présageait en rien de son avenir...
Le juge : Vous auriez dû saisir la justice à ce moment-là... Il y a des établissements, pour les enfants difficiles...
Les parents, la société, les opposants : On ne va quand même pas enfermer un gamin de trois ans pour délit de morsure ?
Eh bien je vous le dis... On est pas très loin de ce genre de choses...
Que les enfants soient «justiciables» à trois ans -et même à quatre- est une aberration.
Qu'on empêche les parents, par pression politique, médiatique, psychologique, de «punir» leur enfant est une aberration.
Qu'on fiche les enfants «potentiellement futurs délinquants» est une aberration.
Mais que des parents laissent leur enfant devenir un tyran m'est insupportable.
Je lancerais bien une pétition : Parents, nous avons le droit de punir. Parents, nous avons le droit de ne pas nous faire mener par le bout du nez par nos enfants. Parents, nous avons le droit le devoir d'éduquer nos enfants, y compris parfois dans la contrainte...
Bon, je sais que je me ferais avoir, alors je ne lance pas de pétition...
Ceci dit, j'aimerais rendre aux parents le droit d'être parent, le droit d'être éducateur, le droit de dire NON, le droit de n'être pas d'accord, le droit de ne pas offrir la dernière version Pé-esse-X à leur enfant, le droit de lui dire Non, c'est pas possible, pas de fric cette année, le droit de dire un tas de choses que la bienséance m'oblige à taire....
La jouissance d'un enfant qui tyrannise ses parents est extrême... (Eh ! Moi, petit de six ans, j'ai CE pouvoir sur eux de les faire plier à mes désirs !), mais elle est aussi anxiogène : Si je peux faire de mes parents ce que j'en veux, comment seront-ils là si j'ai besoin d'eux ?
Ne laissons pas nos enfants prendre le pouvoir...
C'est ce qu'ont fait six couples de parents dont j'ai rencontrés les enfants aujourd'hui... Et je ne sais comment je vais faire pour leur faire passer ce message...
*Non, ce n'est pas vrai.(que je démissionne)
Ps ajouté le 4 décembre à 14 heures : Allez lire le témoignage de Kaliuccia. Fort!