Des mots qui comptent
Même si tous les mots ont leur importance, il y en a qui "comptent" plus que d'autres. Des mots ou des phrases.
Le premier Je t'aime, par exemple. Ouh ! Qu'il est difficile à sortir, celui-là. Il est là, dans le coeur, la tête, ou sur le bout de la langue, mais il ne sort pas. Jusqu'au jour où...
Le Je t'aime a tant d'importance. Enfin, je l'espère. C'est un mot qui veut tant dire, un engagement tellement précieux !
Le mot papa, qui sort de la bouche d'un enfant, ou le mot maman...
Les mots jamais, toujours, naissance, mort. Les mots mariage, aimer, homme, femme...
Le mot fils a une connotation particulière pour moi. Mon père l'employait pour me féliciter, du genre "c'est bien, fils ; j'ai confiance, fils..." Confiance, voilà aussi un beau mot...
Il y a aussi des phrases qui comptent, qui sonnent comme des couperets, qui jaillissent un jour ou souvent, et qui trainent longtemps dans les esprits...
Mon fils m'a dit un jour que je l'avais "gonflé" avec l'une de mes phrases favorites : Fallait faire exprès de pas le faire... Je lui disais cela lorsque, comme tous les enfants qui font une bêtises, il me disait "J'ai pas fait exprès"...Fallait faire exprès de pas le faire, lui répondais-je alors...
Deux lourdes phrases me trottent dans la tête :
La première, lorsque, à 14 ans, tout heureux, j'ai annoncé à ma mère que j'étais amoureux. Sans doute avait-elle raison, mais pendant des années je lui en ai secrètement voulu de tant de lucidité, elle me rétorque Tu sais, on ne se marie jamais avec un amour d'enfance. Ouah ! Trahison, bris de rêve... ma mère a cassé ce jour-là quelque chose qui a à voir avec la naïveté du premier amour...
La seconde fois, vers 18 ans, alors que je devais faire un choix (je ne sais plus, études, peut-être), ma mère (encore!) me dit Tu sais, la vie d'un homme dépend de deux ou trois Oui et de deux ou trois Non prononcés entre 15 et 20 ans. Ouah encore !
Depuis longtemps je n'en veux plus à ma chère maman de ses phrases-là. Mais décidément, il y a des mots qui comptent et qui pèsent davantage que d'autres. Quand, emporté par la colère ou la déception, un père, une mère, un prof, dit à un enfant T'es nul, t'arriveras jamais à rien, il y a un concentré incroyable de condamnation sans appel.... et que de détresse et de souffrance chez l'enfant à qui ces tous-petits-mots (nul, jamais, rien) sont adressés !
Il y a des mots qui comptent plus que d'autres !