Trois moments difficiles

Publié le par Psyblog

Il y a trois moments difficiles dans une thérapie... enfin, peut-être trois moments plus difficiles que les autres... plus délicats à négocier.


    Le premier, c'est lorsqu'on téléphone ou qu'on se rend pour la première fois chez son psy.    

    Hou ! Dur, ce moment-là... Tellement difficile que souvent on ne le fait pas. Ou qu'on remet à plus tard. Lors de leur première consultation, il n'est pas rare que la personne me dise « Oh, ça fait longtemps que je pense venir vous voir... » (?)... « Au moins un an »... parfois deux, voire trois ! Mais c'est tellement difficile qu'ils remettent à plus tard.

    Les gens attendent d'avoir vraiment mal pour consulter. Ils attendent d'être vraiment mal que parfois c'est tard. Pas « trop tard », mais tard.

Le couple a laissé la situation s'agraver, les parents ont cru que leur enfant allait s'en sortir seul, la femme a cru que son mari s'arrêterait un jour de boire et de lui taper dessus, comme ça, par enchantement... 

    Alors ils attendent....   mais ils viennent. (Je ne rencontre que des gens qui viennent me voir).

    Et je leur dis, à la fin de la première consultation, qu'ils ont fait déjà 50% du travail. Parce que c'est vrai.



    Le deuxième moment difficile, dans une thérapie, c'est celui où la personne sent qu'elle ne peut plus échapper à sa vérité.

    On est fort pour « tourner autour du pot » ! Certains tournent pendant des mois. Comme ce jeune homme qui vient me voir un jour « parce que je suis pas bien dans ma peau »... Pendant six mois, chaque semaine, il me parle de ses difficultés à être avec les autres, à se trouver sa place, pendant six mois il se cherche (ou il me cherche), pendant six mois il se plaint, il accuse les autres. Et puis un jour, dans un flot de larmes et de colère, il me dit « Je suis homosexuel ».

    Voilà, c'était dit. Nous étions deux, lui et moi, à savoir. C'était je crois ce qu'il voulait me dire la première fois, mais il a fallu six mois pour le faire.

    C'est juste avant cette deuxième épreuve, juste avant ce deuxième moment difficile, que beaucoup arrêtent leur thérapie. Comme si (mais c'est vraiment) c'était trop dur. Trop dur de se regarder en face, et d'accepter le regard de l'autre, représenté par le psy que je suis.


    Le troisième et dernier moment difficile dans une thérapie, c'est lorsqu'il faut dire « au revoir » à son psy pour la dernière fois.

     Rencontrer un psy, c'est construire une relation particulière avec lui. Il n'est pas toujours facile d'abandonner cette étrange habitude du rendez-vous chaque mardi à 15 heures... Et certains retardent ce moment-là du dernier rendez-vous. Vais-je pouvoir vivre sans lui? Vais-je pouvoir vivrte sans cette sécurité-là de pouvoir dire quand ça ne va pas? Et si je n'étais pas allé au fond des choses? Et si, et si...

    C'est pourquoi je dis toujours à mes patients, la dernière fois, sans espérer qu'ils aient encore besoin de moi, que je reste à leur disposition, et que si dans trois semaines, trois mois ou trois ans, ils ont besoin de me revoir, ils savent où me trouver.

Publié dans Témoignage

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mike 19/06/2011 22:39


le psy doit s'attacher aussi quelques fois?


nicole 86 29/04/2010 13:48


Le moment difficile c'est quand Mme la psy m'a dit au bout de quatre séances : je ne peux rien pour vous. Je me suis effondrée, elle a ajouté : je ne peux rien pour vous parce que vous répétez sans
arrêt, je ne crois pas en la possibilité de changer.
Elle a quand même accepté de me donner un RV la semaine suivante et depuis un an j'ai bien avancé !


Teb 05/02/2009 10:14

Prendre conscience de ce besoin de consulter est déjà une étape...
Moi je me dis parfois que ça me ferait du bien mais je m'y refuse...
Ma fille (enfin, ma belle fille...) , elle, dont je suis persuadée que la thérapie est sa seule porte de sortie, à elle et son gamin, ma fille donc refuse de le faire "parce qu'elle ne veut pas que l'on remue ses souvenirs de petite enfance"