Range ta chambre

Publié le par Psyblog

C'est une injonction très fréquente chez les parents, surtout chez les parents qui ont  des enfants qui ne rangent pas leur chambre -oui oui, ça existe. C'est un ordre encore plus fréquent chez les parents d'adolescents... Et parfois ça pourrit les vies... des ados et de leurs parents.

J'ai rencontré cet après-midi une famille, enfin, une partie de famille (mère + fille)  chez laquelle de nombreux conflits tournent autour de ce «ranger de chambre»...

Alors je pose la question : La relation familiale vaut-elle -dans sa difficulté- qu'on y sacrifie le rangement de chambre ?

C'est comme cette mère qui me dit un jour : Vous vous rendez compte ? Tous les soirs, je me bats avec mes enfants pour qu'ils se mettent en pyjama avant le diner / Oui ?  C'est la bagarre tous les soirs ! / Oui ... Et si vous les laissiez ne pas se mettre en pyjama ?... Elle m'a dit que ce serait pas possible... qu'elle tenait à ce que ses enfants soient en pyjama pour diner... Je lui ai conseillé de ne plus rien dire, pyjama ou non, et quinze jours plus tard, elle venait me dire que ses enfants se mettaient en pyjama tout seul sans qu'on leur dise rien....

Alors, la chambre ?

D'abord, bien comprendre que la chambre est l'univers de l'enfant. C'est son «chez lui», son «à lui». Ensuite, se poser la question : Pour qui pour quoi demande-t-on à notre enfant de ranger sa chambre ? Pour nous ou pour lui ? Si c'est pour nous-soi, autant réfléchir sur le pourquoi on lui demande cela. Si c'est pour lui, je voudrais rectifier une idée reçue : Un enfant bordélique ne fera pas forcément un adulte bordélique. Et quand bien même !

Je suis bien conscient que l'on veut façonner nos enfants tels que nous voulons les façonner, c'est à dire à notre image. Ce que nous oublions, nous, parents, c'est que nos enfants sont tels qu'ils sont, bordéliques ou pas, et que nous n'avons comme seule arme que l'exemple que l'on peut leur donner et les conséquences responsables de leur «bordel».

On a le droit, en tant que parent, d'édicter des règles... à condition que celles-ci soient raisonnables. Et de différencier les besoins éducatifs légitimes des exigences exagérées. Si les règles éducatives sont dictées par les idées névrotiques des parents, autant laisser tomber. Quand cette femme reçue cet après-midi me dit qu'elle (et je souligne) ne supporte pas que la chambre de sa fille de 15 ans soit en «bordel», c'est de son propre désir de rangement ou de propreté dont elle parle, pas d'éducation.

Je me fais ici le défenseur des enfants et des ados qui sont sujets, ou plutôt objets, des tendances névrotiques de leurs parents... Après tout, qu'est-ce que ça peut faire -à vous... à nous, parents- si la chambre de notre enfant est en bordel...  ?

La chambre d'un enfant, c'est SA chambre, SON univers, et j'allais dire l'expression de lui ou d'elle... Alors n'en voulez pas trop à votre enfant si il ou elle ne range pas sa chambre... Je suis certain que si vous le/la laisser gérer sa chambre / et donc sa vie... il/elle fera ce qu'il faut... même pour vous faire plaisir...

Ce qui est terrible, dans ces affaires de conflits familiaux à répétition, c'est qu'ils démarrent la plupart du temps sur des -pardonnez l'expression- conneries. L'enjeu du respect de la règle ne devient plus l'éducation, mais le conflit, l'exercice du pouvoir et du contre-pouvoir. Il me semble aberrant, triste, moche, et pour tout dire désolant, que des relations familiales somme toute «normales» soient gâchées par des enjeux qui ne sont pas éducatifs.

Bon, j'écris, j'écris, mais la chambre de mon gamin est en bordel... va falloir qu'il me la range vite fait, sinon, ça va barder... Non mais... c'est qui qui commande, ici ?

Publié dans Education

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Psyblog à reneelaurin 04/01/2011 11:51


Bonjour... je ne passe en fait que très peu sur ce blog... alors ce n'est qu'aujourd'hui que je lis votre message (auquel je ne peux répondre que par ce commentaire puisque je n'ai pas de lien vers
vous)
Pas de problème pour que vous me citiez... J'aurais cependant une préférence, si vous citez mon blog, que vous alliez plutôt voir sur mon "autre blog"... il est plus complet et plus fourni
(http://psyblog.blogs.psychologies.com)(et vous y retrouverez le même article (http://psyblog.blogs.psychologies.com/blog_de_psy/2009/01/range-ta-chambr.html)

Bonne année à Montréal


reneelaurin 21/12/2010 17:50


Bonjour
Je suis chroniqueuse famille pour le journal de Montréal J'aimerais pouvoir vous citer dans un article que je suis en train de rédiger sur les chambres d'ados. Si vous êtes d'accord pouvez-vous
m'écrire à l'adresse que j'ai entrée précédemment afin de pouvoir laisser un commentaire?


MOLINIER 16/12/2010 14:37


Quel réconfort de lire ce "psy" au bord de la crise de nerf hisser le drapeau rouge et tenter de rendre aux parents la place qui doit être la leur ! Je me reconnais dans pas mal de ces errements de
mère seule au niveau socio-économique confortable.... et les c.... que j'ai pu faire au nom du "bien-être" de MA fille !! Résultat ? 45 ans dans quelques semaines, un "hypertiming" de
professionnelle libérale doublée de mère célib', pas 3 secondes pour appeler l'institut de beauté, 4 mois que je me promets de m'inscrire à un club de sport, pas une seule rencontre en vue (Quand
?)des cernes de 3 pieds de long et une ADO tyran hyperactive qui m'entraîne dans sa spirale infernale de désirs, passant de l'un à l'autre, quasi en échec scolaire par ailleurs, accumulant les
bêtises aux coûts exorbitants... STOP !!!! Là c'est devenu pour moi une question de vie ou de mort. Alors j'ai appris à dire NON. A faire des choses seules : courses, achats déco de la maison. A
choisir les lieux de vacances contre son gré. A prendre des congés en période scolaire... Et à ne pas baisser la garde.. JAMAIS !!! Dès que je le fais, ca recommence. Hier j'ai déménagé mon bureau
dans ma chambre. Elle a tellement planté son ordi qu'à force d'utiliser le mien elle y a AUSSI mis une belle collection de m... Et j'ai mis un verrou à la porte. Voyez où j'en suis, parents de
"petites merveilles" entre 3 et 6 ans ? Prochaine étape dans cette opération survie : je colle ma mère à la maison, avec son accord, et je file faire une retraite monastique d'une semaine. A force
de m'occuper des autres (mes patients, ma fille, mes proches) j'en ai oublié de m'occuper de MOI. Et devinez quoi ? Bah quand JE vais mal, les autres ne SONT PAS CONTENTS de mon absence
"d'hyperperformance" !! Au fait : en période de crise, c'est-à-dire quand je commence à râler, ma fille me menace de partir ET fait semblant de le faire(1), exige son émancipation(2) et me reproche
de vouloir garder le contrôle sur sa vie(3). Dans l'ordre les réponses sont : VAS-Y puisque tu as l'air si mal traitée ici, Sûrement pas (2), OUI, tant que 90% de tes actions mènent à un problème
que JE dois résoudre(3).


ZOE 19/07/2009 14:02

L'enjeu c'est le pouvoir et ce sera toujours le pouvoir . Pouvoir direct ou indirect ; la chaine de pouvoirs . Parcequ'il n'y a rien d'autre : pouvoir conscient ou inconscient : les régles sont des maniféstations du pouvoir inconscient , celui mis en scéne par l'ordre divin . Le pouvoir conscient est celui mis en scéne par la volonté du sujet . Ces deux pouvoirs fonctionnent ensemble , en synérgie ou en opposition selon la position du sujet sur la scéne du grand théatre social , selon son rôle , les dialogues , les partenaires , tout ça ... Ordre - kaos : tention entre ces deux états extremes du systhéme social totalitaire .... Rien d'autre

matahari65x 20/01/2009 13:57

que de bon sens dans ce billet.... montrer l'exemple est je pense la seule solution et laisser prendre l'enfant ou l'ado la responsabilité des conséquences du désordre. Je vous lis "dans l'ombre" toujours avec plaisir, amicalement